jeudi 10 mars 2016

Inquiétante étrangeté



 Je vais écrire, pour une fois, à propos de film mais également de livres. Vous me pardonnerez?

J’ai lu récemment une bd, un livre et vu un film dont le trait commun était l’étrangeté. L’étrangeté et le faux semblant. J’ai pris un grand plaisir avec ces œuvres dont les auteurs se sont joués allègrement de mon cerveau.


J’entends souvent dire autour de moi « les artistes, ce sont des originaux »

Notre cerveau nous joue parfois des tours. Ainsi, lorsqu’on étudie le phénomène des illusions d’optique, on se rend compte qu’on ne voit jamais le monde tel qu’il est, on l’interprète. Il en est de même avec la mémoire, les souvenirs qu’on oublie, trie, sélectionne. On y ajoute un élément, on enlève ce qui nous dérange, consciemment ou non.

Alors ces artistes, dont on dit trop souvent qu’ « ils ont leur univers », ne sont pas si originaux que cela. Ils recomposent le réel, comme chacun d’entre nous. Nous avons chacun notre univers, nous créons tous des mondes qui nous sont propres. L’étrangeté des œuvres dont je vais vous parler est un hommage à la diversité de nos représentations. Nous aurions tort de les bouder à cause de cela. Rien n’est si étrange que l’autre et son monde. Vous aussi, vous êtes donc étrange pour l’autre !

Notre métier de bibliothécaire consiste alors à faire se croiser les mondes, tous les mondes.

Réalité, Quentin Dupieux



Jason Tantra, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d'horreur. Bob Marshall, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48 heures pour trouver le meilleur gémissement de l'histoire du cinéma…

Voir un film de Quentin Dupieux, c’est accepter d’entrer dans quelque chose qu’on ne comprendra pas forcément ! On pourrait le rapprocher de David Lynch pour cela mais pas seulement : dans son film, l’humour potache côtoie l’inquiétude. Les acteurs, tous très bons, participent grandement à la dimension absurde (dans le bon sens du terme) du film. La photographie est très soignée et l’ensemble nous laisse à penser qu’on aurait tort de résumer le cinéma français à de l’autofiction geignarde et nombriliste. Je ne sais si c’est un grand film, mais il a eu le mérite de me faire rire et réfléchir. C’est déjà beaucoup.


Panthère, Brecht Evens



Le prince Panthère, dandy, charmeur, vient réconforter la jeune Christine, dans sa chambre, après la mort de son petit chat. Commence un étrange jeu de séduction entre le félin et sa proie.

J’écrivais « faux semblant » au début de mon article. On pourrait croire, si l’on regarde la couverture, que cet album est destiné aux enfants. Eh bien non, et même pas du tout, tant il est troublant. Car s’il est question des rapports entre une enfant et sa peluche imaginaire (?), on comprend très vite que ce qui se joue n’est pas qu’une relation d’amitié. Tout est bien plus ambigu.

J’aime beaucoup cet album et cet auteur, car c’est tout d’abord un dessinateur hors pair. Virtuose même, lorsque l’on prend le temps de revenir sur ces planches, ses nombreux détails, leur composition et bien sûr les différents visages de la panthère qui peut être tour à tour adorable, magnifique, horrible et effrayante.

Cet album est une féérie sombre qui joue avec les codes du conte et avec nous.

Je recommande également les 2 précédents albums de l’auteur dont j’avais dit le plus grand bien ici.


Lunar Park, Bret Easton Ellis



Dans cette oeuvre introspective, Bret Easton Ellis nous dévoile les coulisses de sa vie d'écrivain. Usé par les excès du star-system, l'auteur sulfureux décide de se ranger et d'aller vivre sur la côte Est américaine avec sa femme et son fils. Mais, très vite, un nouvel assaut de dérapages contrarie le tableau idyllique de l'homme assagi...

Je ne me suis jamais vraiment remis de la lecture d’American Psycho, quand j’avais 20 ans. J’avais été complètement fasciné par Patrick Bateman, ce golden boy arrogant et maniaque, cynique et psychotique. Il représentait le monstre archétypal que l’Amérique de la finance folle avait créé. Mais cela, je ne l’ai compris qu’après…

Je ne vais pas exposer ici ma longue relation avec les écrits de Bret Easton Ellis, qui est un auteur dont j’affectionne particulièrement le travail. Disons simplement que j’avais lu plusieurs livres de lui, mais pas Lunar Park.

Ce livre est étrange car c’est une autobiographie partielle. L’auteur prévient : « je ne veux pas avoir à clarifier ce qui est autobiographique et ce qui l’est moins. Mais c’est de loin le plus vrai que j’aie écrit. Au lecteur de décider ce qui, dans Lunar Park a bien eu lieu. » Ces phrases valent sans doute pour nombre de romans mais sont particulièrement adaptées à celui-ci.

Bret Easton Ellis a toujours témoigné d’un talent immense pour les dialogues, pour leur conférer une grande tension et une grande véracité. Ici, grâce à ces dialogues et des monologues intérieurs, il dépeint à merveille les riches banlieues américaines, où l’apparence est reine, et les anxiolytiques aussi. Il réussit l’exploit de conjuguer des thèmes aussi variés que la famille, le rôle de père, le rêve, la drogue, le cauchemar dans une parfaite harmonie. Le terme est sans doute mal choisi, tant ce portrait de vie réaliste va basculer dans l’hallucination et l’horreur. Hommage à la littérature d’épouvante, certaines scènes devraient être grotesques, pourtant elles glacent le sang.

Roman terriblement intelligent, espiègle et ambitieux, Lunar Park est un livre spirale, remarquablement construit, stupéfiant.

Sol

samedi 30 janvier 2016

La saison 2 : un exercice difficile?

On dit que le plus dur dans la carrière d’un artiste musical, c’est le 2ème album. Parce que le 1er opus est le fruit de toutes les expérimentations passées, parce qu’il est souvent plus brut, spontané que ceux qui vont suivre. En est-il de même dans l’art des séries ? Est-il difficile de passer le cap du succès de la 1ère saison ? Retour sur 3 exemples récents :


The Affair

Plusieurs fois évoquées dans les colonnes de ce blog, j’avoue être particulièrement fasciné par cette série. D’abord parce que l’histoire est des plus convenues : un mari, père de 4 enfants, va tromper sa femme avec une femme mariée. Mais déjà je donne une version des faits, la mienne. J’aurais très bien pu écrire : une femme mariée, qui a perdu un enfant, va tromper son mari avec un homme marié.

Je ne veux pas complexifier vainement la chose mais c’est précisément là où réside tout le sel de cette série : à travers les interrogatoires des deux protagonistes principaux, nous suivons la même histoire, mais racontée selon un point de vue différent. L’épisode est scindé en 2 : la version de Noah et celle d’Alison.




Interprétée par des acteurs formidables, cette aventure extra-conjugale sur fond de thriller policier a connu un grand succès critique : en 2015, la série a obtenu deux Golden Globes, celui de la meilleure série dramatique et celui de la meilleure actrice pour Ruth Wilson.

Qu’en est-il de la saison 2 ?

Alors que de nouveaux points de vue apparaissent (ceux d’Helen et Cole), la série en profite pour tenter de nouvelles choses. L’épisode de la tempête en est l’exemple parfait, et je le trouve plutôt réjouissant. L’observation des rapports amoureux est toujours aussi fine, les acteurs toujours aussi bons. Le seul bémol : alors que dans la saison 1, l’intrigue policière ne figurait qu'à des fins de contentement du producteur qui devait penser que cela rendrait la série plus vendeuse, elle prend ici un peu plus de place.



Au risque d’épaissir le trait, si fin dans la première saison. On se laisse tout de même prendre par l’aventure qui tire vers le soap, sans y perdre de vérité dans la description des relations conflictuelles des êtres humains ainsi que dans l’étude de leur psyché. En espérant que la saison 3 ne tombe trop bas dans ce piège, qui consisterait à privilégier le procès et l’enquête au détriment des relations amoureuses.


Oncle Erneste : t’en as pas un peu marre des amourettes ? T’as qu’à regarder Dallas ou les feux de l’amour si tu veux des rebondissements.



Fargo

La saison 1 nous avait agréablement surpris, c’est le moins qu’on puisse dire. Etant fan du film des frères Coen dont la série s’inspire, je voyais mal comment celle-ci pouvait réinventer cet univers sans redondance. C’est pourtant avec une certaine fraîcheur (voire un certain grand froid), que les réalisateurs ont réussi à renouveler l’univers des cinéastes américains. Les décors, les personnages font évidemment référence au long métrage mais le scénario bien ficelé, les acteurs – actrices très bons ont su nous éloigner de toute comparaison.



 Ce n’était pas gagné, ils l’ont fait. On a eu droit à un personnage ambigu joué par un Martin Freeman extraordinaire et un tueur à gage charismatique à souhait, joué par Billy Bob Thornton, au sommet de son art. La violence quasi loufoque de l’histoire a fait le reste : nous étions (Tartine et moi) conquis.

Oncle Erneste : et moi alors ? J’ai bien aimé aussi. Surtout la scène dans l’immeuble où ça shoote en travelling horizontal.

Sol : wow tonton, tu m’impressionnes. Effectivement cette scène est réussie.



 

Qu’en est-il de la saison 2 ?

Alors là, le pari était encore plus gonflé. Une saison, ok, mais une autre, qui raconte une autre histoire, avec de nouveaux acteurs, toujours dans l’univers de Fargo : autant dire que ce n’était pas gagné. Encore une fois, force est de constater que le réalisateur Noah Hawley a des idées à revendre puisque ça marche ! On reprend les codes du polar décalé des frères Coen, on recrute des acteurs talentueux au visage marquant (et marqué), on saupoudre tout ça de neige et voilà le travail. On aurait pu croire le filon trop suivi, la ficelle trop tirée…




Oncle Erneste : Mais qu’est-ce que tu racontes ?


Sol : Bref, encore une fois ça fonctionne. Comme quoi le cinéma, les séries tv, avec de bons acteurs et un bon scénario, ça donne toujours quelque chose de bien. Je n’irai cependant pas jusqu’à parler de chef d’œuvre comme on a pu l’entendre ici et là. Avec quelques mois de recul, je me rends compte qu’il ne m’en reste pas grand-chose.



J’ai passé un très bon moment devant cette série (surtout après l’épisode 4), comme on passe un bon moment devant un énième Tarantino, le genre n’en est pas révolutionné pour autant. Mais quel plaisir de voir notamment Kirsten Dunst dans ce personnage étrange, quel plaisir d’écouter Nick Offerman, et….



Oncle Erneste : oui bon t’as aimé quoi ? Faut pas faire le peine à jouir, tu le dis et puis c’est tout.

Sol : Euh ok tonton, c’est vrai, j’ai plutôt apprécié cette deuxième saison.



Ah j’oubliais : on pourrait ne pas y faire attention, mais l’expérience de spectateur en demeurerait incomplète : amusez-vous à reconnaître les liens qui unissent cette deuxième saison à la première, il y en a énormément.



The Leftovers

Alors là, grosse, grosse claque.

Oncle Erneste : comme celle que je t’avais mise quand t’avais dit à tata Gina que ses pâtes étaient « pas géniales » ?

Sol : Oui, enfin il était plutôt question d’une métaphore. Mais oui, si tu veux.

The leftovers est une série américaine créée par Damon Lindelof (producteur et réalisateur de Lost) et Tom Perrotta, diffusée sur HBO.

O.E. : le pitch, mon petit, le pitch

Sol : c’est parti :

2 % des êtres humains ont disparu de la surface de la Terre sans la moindre explication, dans une sorte de ravissement. Les habitants de la petite ville de Mapleton vont être confrontés à cette question lorsque nombre de leurs voisins, amis et amants s'évanouissent dans la nature le même jour d'automne.


Trois ans plus tard, la vie a repris son cours dans la bourgade dépeuplée, mais rien n'est plus comme avant. Personne n'a oublié ce qui s'est passé ni ceux qui ont disparu. À l'approche des cérémonies de commémoration, le shérif Kevin Garvey est en état d'alerte maximale : des affrontements dangereux se préparent entre la population et un groupuscule aux revendications mystérieuses, comparable à une secte (source : wikipedia).


O.E. : Oula, ça a l’air bien chtarbé ton truc


 
Sol : C’est effectivement un peu étrange et assez complexe. Je préviens d’emblée les futurs spectateurs : la première saison est exigeante, de par son caractère austère et tortueux, qui empêche l’identification immédiate aux personnages. Pourtant, la mélancolie qui règne dans chaque épisode nous contamine très vite, grâce à sa beauté, souvent provoquée par la musique, très présente, et notamment le thème principal signé Dominik Hauser.



On pourrait reprocher à la série cette omniprésence musicale (Eric Rohmer disait que « si une scène a besoin de musique, c’est qu’elle est ratée »), c’est pourtant ce qui contribue à l’esthétique si réussie de celle-ci. Série sensible, dérangeante, profonde, elle nous plonge dans la psyché de personnages à la dérive, errant dans un monde qui perd chaque jour un peu plus de son sens. Comment faire le deuil d’un être disparu, qui n’est peut-être pas mort ? Pourquoi ont-ils disparu ? Y suis-je pour quelque chose ? D’autres humains vont-ils disparaître ?  

 
Pour retrouver du sens, des sectes se créent, des gourous attirent des foules, quand d’autres essaient désespérément de se rattacher à une réalité, un monde connu, qui semble constamment s’échapper.

O.E. : ok, bon ben je vais passer mon tour.

S. : attends, attends, la saison 2 est fantastique ! 

 
O.E. : je vais pas me taper une saison entière chiante à mourir, tout ça parce que la saison 2 est mieux !

 
S. : Je te comprends. Et pourtant, et pourtant.

O.E. : et pourtant quoi ?




S. : la deuxième saison est extraordinaire ! J’en conviens, la première saison est déstabilisante, dérangeante, exigeante. Mais vous ne le regretterez pas, croyez-moi, tant la saison 2 prend une toute autre ampleur. Le souffle lyrique présent en-deçà lors des premiers épisodes explose littéralement ici. D’autres personnages apparaissent, des réponses sont données et des mystères s’épaississent. On s’identifie enfin à ces êtres fragiles, qui cherchent du sens partout, quitte à repousser toujours plus loin leurs limites. Un monde ancien s’effondre et on ne sait ce qui va surgir. 

On navigue donc sur les vagues de ce monde fluctuant, au rythme d’un piano lancinant, jusqu’au final de cette deuxième saison, simplement stupéfiant.


Les trailers : 



 


samedi 19 décembre 2015

Bilan de l'année 2015 : mon top 11


L'année 2015 aura été riche en émotions, en partie grâce aux séries. Alors que l'arrêt de la série Mad Men marque selon certains la fin d'un âge d'or, il semblerait que les réalisateurs du petit écran ne l'entendent pas ainsi. Voici onze preuves qu'il fallait regarder la télé en 2015 :


1)      Mad Men

Comment vivre sans Mad Men ? C’est bien la question que je me suis posée lorsque je visionnais le générique de fin de cette fabuleuse série. Comment peindre le temps, rendre compte des années 50-60 aux Etats-Unis en racontant la vie de plusieurs personnages passionnants dans des décors ultra-soignés ? Les réalisateurs vous donneront la réponse. Certes, c’est une série exigeante, qui demande de la patience, mais quelle œuvre, quelle saga, quel souffle !

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/05/the-americans.html

2)      The Americans

Un couple d’espions russes sur le sol américain, pendant la guerre froide. J’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais ici.

 
3)      The Affair
 
Je n’ai pas eu encore l’occasion d’écrire à propos de cette série. Je la trouve tout simplement passionnante. Le pitch n’avait pourtant rien d’extraordinaire : l’histoire d’une aventure extra-conjugale… Seule originalité : la même histoire est narrée selon le point de vue de chaque personnage. Le simple fait de voir évoluer les deux acteurs principaux suffit à procurer un plaisir croissant. L’intrigue policière voudrait nous faire croire au thriller, mais l’essentiel n’est pas là : il s’agit avant tout d’une histoire d’amours, d’une vérité troublante.
 

4)      Veep

C’est ce qu’on appelle un « grower » = une série qui se bonifie au fil des saisons. Les 1ers épisodes laissent perplexe, on rit peu, on sourit. Et puis, assez mystérieusement, on s’attache à cette vice-présidente et à sa bande, on la suit un peu malgré nous. Et puis on rit, franchement. Et puis on la suite 4 saisons durant et on se dit que cette saison 4 est décidément vraiment meilleure que ce qui a précédé : une satire politique très drôle et très cynique. Et puis Julia Louis-Dreyfus.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html

5)      Halt catch & fire
 
Des geeks, des requins et des passions. La formidable aventure des débuts de l’informatique narrée à travers les yeux de 4 personnages complexes et attachants. J’en disais du bien ici.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html
 
6)      Mr Robot
 
Une plongée dans la psyché d’un hacker troublé (c’est le moins qu’on puisse dire) et génial qui
pourrait bien déclencher une révolution. Une série complètement addictive.

 

7)      Rectify

 C’est l’histoire d’un mec qu’on a condamné à mort parce qu’il aurait violé et tué une jeune fille et qui finalement est relâché car provisoirement disculpé. Vous suivez ?! C’est surtout l’histoire d’un mec qui a passé toute son adolescence en prison et qui ressort un peu… perturbé. C’est un ado de plus de 35 piges qui redécouvre la vie à l’extérieur, lentement, étonné par tout ou presque. La série est dure (je vous aurais prévenu) mais d’une poésie rare. Lancez-vous.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/09/montre-moi-un-heros.html

8)      Show me a hero

Une mini-série basée sur des faits réels, qui se sont déroulés dans les années 80 à Yonkers. Avec un Oscar Isaac au somment de sa forme. J’ai (presque) tout dit ici.

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/08/geeks-hackers-quand-linformatique.html

9)      The code
 
Une mini-série australienne surprenante. L’histoire de deux frères, l’un journaliste l’autre hacker surdoué, qui vont être confrontés à un secret d’Etat. Du très bon.


10)   Fargo
 
Cette saison 2 revisite encore une fois l’univers des frères Coen, et plus particulièrement l’environnement de leur film du même nom. Ca pourrait être indigeste et c’est pourtant tout le contraire. Des personnages finement croqués, des dialogues bien écrits et des paysages magnifiques. La série peine un peu à démarrer mais à partir de l’épisode 4, c’est complètement fou !

http://crevelecran.blogspot.fr/2015/11/pablo.html

11)   Narcos

Pablo Escobar, ça vous dit quelque chose ? Même si vous répondez oui, je suis sûr que vous ne connaissez pas les détails de sa vie. Si ce n’était pas basé sur des faits réels, nous dirions que c’est trop gros. Un personnage « bigger than life », comme disent les américains. J’en ai dit + ici.
 
A vous maintenant!

Oncle Erneste : T'as pas autre à chose à faire que regarder la télé? A 35 ans, faudrait pt'êt' penser à aller voir les filles un peu, hein?

samedi 7 novembre 2015

Pablo


Si j’étais un publicitaire, un communiquant, je serai sans doute le plus nul. La preuve : je vais parler (en retard) d’une série dont tout le monde a déjà parlé. Eh bien oui, j’assume, car lorsque j’en ai parlé autour de moi, mystère : personne ne connaissait ou presque. D’où mon intention de réparer cela et ainsi de sauver le monde.

Oncle Erneste : qu’est-ce tu racontes ?

Sol : Tonton, je vais parler d’un personnage haut en couleur : Pablo Escobar.

Oncle Erneste : oui ben on connaît t’es gentil.


Sol : On le connaît de nom, certes, mais on ne connaît pas tous les détails de sa vie rocambolesque, qui est le sujet principal de la série Narcos, dont la première saison a été livrée par Netflix fin août de cette année 2015.

Oncle Erneste : je préfère les histoires de tonton Luigi.

Sol : Moi aussi je les aime ces histoires, mais c’est différent c’est tout.

Oncle Erneste : Ouais, les chicanos ont aucune morale alors que les ritals eux, ils ont un code de l’honneur au moins.

Sol : Si on passe au-dessus de tes appellations douteuses, je dirai que ce n’est pas aussi simple. Parlons plutôt de fiction, de Narcos.


J’y suis tout d’abord allé un peu à reculons. Encore une histoire de narco trafiquants, encore de la testostérone et de la violence gratuite en prévision. Le début de la série ne m’a pas tout de suite fait mentir : classicisme dans la mise en scène, la voix off du narrateur (un agent de la DEA) qui nous prend par la main, des petites phrases typiques des films d’action américains, pour attirer le spectateur dans son point de vue.
Et puis, après quelques minutes on est pris. Lorsque l’on s’en rend compte il est déjà tard, l’épisode 1 est fini, on veut voir le 2.


L’écriture, le rythme y sont pour beaucoup : les répliques fusent, l’histoire avance très vite, le décor est planté, les enjeux sont connus dès les premières images. Rien de révolutionnaire dans tout cela, mais une formidable efficacité.



Ce qui m’a le + conquis, c’est la présence des images d’archives. Dès le début de la série, la voix off nous indique : « ce n’est pas un hasard si le réalisme magique a été inventé en Colombie ». C’est exactement ce que l’on ressent en regardant les épisodes défiler. Si l’on était pas sûr que le récit est tiré de faits réels, on se dirait toutes les 3 minutes que non, là c’est pas possible, c’est trop gros. Et pourtant, aussi étrange et effrayant que cela puisse paraître, tout est vrai.


Pablo Escobar, ce monsieur qui fait plus vieux que son âge, aux allures de beauf mal fagoté, reste le plus grand trafiquant au monde, le génie du crime mégalomane et fou qui a construit sa propre légende. Aujourd’hui encore, des portraits du criminel ornent certains salons colombiens, et de nombreux t-shirt portent son effigie.


Je n’en dirai pas +, car je risquerai de trop en dévoiler. Je vous conseillerai simplement de ne pas consulter sa page wikipedia si vous ne connaissez pas la vie de ce personnage « bigger than life » comme disent les américains, et de vous laisser emporter par cette œuvre somme toute assez classique sur la forme, mais sidérante par son contenu.

Oncle Erneste : j’préfère Don Corleone.



mercredi 30 septembre 2015

Montre moi un héros


Mini-série américaine créée par David Simon (le showrunner de The Wire et Treme) et réalisée par Paul Haggis. Elle a été diffusée par l’incontournable HBO (Sopranos, Six feet under, Game of thrones…), et est adaptée du livre éponyme de Lisa Belkin, ancienne journaliste au New York Times.

Le pitch

La série se déroule dans la ville de Yonkers, dans la banlieue de New York, et décrit la forte résistance de la classe moyenne blanche face à l'installation d'habitations à loyer modéré dans leur voisinage direct, ordonné par la justice américaine. Qu'ils soient maire, conseiller municipal ou simple citoyen, on suit le parcours de plusieurs habitants, leurs prises de position pour ou contre ces « projects » (nom donné aux habitations à loyer modéré aux États-Unis) et l'impact que cela a sur leur vie. La série, qui a un déroulement chronologique, se passe entre 1987 et 1994.


Oncle Erneste : Dis donc, tu te foules de moins en moins, ça vient de Wikipedia ton résumé, je l’ai retrouvé.

Sol : Eh bien, disons que j’ai métier qui me prend beaucoup de temps et par conséquent, je ne peux tout rédiger moi-même.

O.E. : tu es bibliothécaire fiston…

S. : oui et alors ?

O.E. : tu vas pas me faire croire qu’entre ranger ta pile de livres et boire un café, tu n’as pas le temps d’écrire un truc correct ?!

S. : ah, ça y est, tout de suite les clichés. Bientôt tu vas me dire que je porte un chignon non ?

O.E. : ça t’irait bien.

S. : Bon, reprenons. Pourquoi j’ai aimé cette série ?

O.E. : parce que le héros est moustachu ?

S. : je ne vois pas le rapport.


O.E. : tu travailles qu’avec des femmes, tu dois être homo, comme les coiffeurs. Oh ça va je déconne. Le héros est moustachu, ce n’est pas un détail. Je te prédis que dans quelques années, après la barbe, ce sera la moustache qui revient à la mode. Y’a pas de raisons que les indiens et les turcs soient les seuls à porter les favoris.

S. : Hum, tu te surpasses là tonton. Je vais faire comme si je n’avais rien écouter.

O.E. : c’est imparable.


S. : J’ai aimé cette série car, à l’instar de The Wire et Treme (qui font partie de mon top 10), la série s’attache à une galerie de personnages, totalement incarnés. Nous sommes ainsi, spectateurs, mis à contribution : chaque point de vue doit être analysé pour appréhendé ce que les américains appellent « the big picture ».

Oscar Isaac est comme d’habitude brillantissime, mais ce n’est pas le héros que l’on pourrait croire. C’est un héros ordinaire, presque involontaire. Et la société, la multitude est plus forte que l’individu. On voit aussi le côté négatif de cela : des individus fermés, isolés vont se grouper et trouver leur force décuplée. Jusqu’à les aveugler. Ceux qui sont contre l’implantation de logements sociaux dans les quartiers blancs favorisés vont aller jusqu’à la violence physique pour exprimer leur mécontentement.



C’est justement en cela  que David Simon excelle. Au lieu de tomber dans le manichéisme (les pro et les anti-projects) il donne une voix à un personnage exceptionnel : catherine keener incarne une militante farouche contre la construction des logements à loyers modérés. Peu à peu, elle va comprendre les intentions cachées derrière ce mouvement…

Je n’en dis pas plus pour ne rien dévoiler. Le maire Wasiscko en est également la preuve. Il prend partie pour les opposants aux logements lorsqu’il s’agit de se faire élire puis se retrouve en position de défenseur du projet. Ainsi, David Simon n’oppose jamais deux camps frontalement, il donne à voir la complexité des trajectoires de chaque individu, pris dans son environnement qui l’influencera inéluctablement.


Si l’action se déroule dans les années 80, cette série très documentée fait  écho à des problèmes très contemporains. On pense évidemment aux violences policières sur les noirs aux Etats-Unis, mais également, plus près de chez nous, au débat sur le logement et sur la mixité sociale. Pourquoi est-ce si important ? Comment la mettre en œuvre ? Comment accepter l’autre, apprendre à le connaître ? Faut-il continuer, sur le modèle multiculturel anglo-saxon, à ghettoiser les populations défavorisées ou plutôt, en langage politiquement correct, à faire en sorte que les communautés cohabitent, mais bien séparées les unes des autres ? Comment éviter la gentrification ? 

Toutes ces questions sont posées, et c’est bien là la force de cette entreprise : créer une fiction divertissante qui donne au spectateur à penser.





vendredi 28 août 2015

Geeks & hackers : quand l'informatique envahit votre tv


Oncle Erneste : c'est toi sur la photo?

Sol : Mais non enfin, tu vois bien que ce n'est pas moi tonton...

O.E. : Ah. Sinon tu te pointes comme ça, tu écris un truc alors que ça fait 2 mois que vous avez abandonné le blog? Tu crois peut-être que quelqu'un te suis encore? Franchement? 

Sol : Oui, bon... On s'est un peu reposé sur nos lauriers c'est vrai. Mais après tout, je n'ai pas envie d'être l'otage de l'infobésité.

O.E. : T'es maigre comme un clou.


Sol : Non, je te parle d'infobésité, de surinformation, de burn out.

O.E. : Tu essayes de me perdre mais ça marchera pas. Un blog ça s'entretient, comme une femme. Enfin sauf ta tante.

Sol : C'est pas très gentil, tonton. Bref, je reviens avec un gros article, un dossier même : l'informatique à la télé.

O.E. : Ah ben super. Tu penses que tu vas rameuter qui avec ça? Des binoclards boutonneux, des ados dépressifs et des gonzesses aux cheveux gras.

Sol : Alors ça c'est moche tonton. Franchement, je vais faire comme si je t'avais pas écouté. Je commence :

Qu’y a-t-il de moins télégénique que l’informatique ? Qu’un informaticien ? Désolé mais c’est un fait : de prime abord, il semble très difficile de rendre le tapotage sur le clavier passionnant. Sans compter le jargon qu’utilisent les informaticiens, langage ô combien obscur pour les non-initiés. Lorsqu’ils se pâment devant  les capacités d’un serveur, on a parfois du mal à exprimer la même émotion.

Et pourtant, depuis les années 80, les cinéastes ont tenté de rendre les enjeux de l’informatique palpables, de faire de ces frêles créatures binoclées des héros de film d’action. Ou tout du moins l’acolyte du héros.


Dans les années 2000, ce sont les séries tv qui se sont emparées de l’affaire. Et pour cause, le numérique a bouleversé nos vies : dans notre quotidien, sur le plan personnel, mais également au niveau mondial. La géopolitique ne peut actuellement faire abstraction des cyberguerres qui se mènent en souterrain entre les nations.

Si l’on ajoute à cela que les entreprises leaders dans le domaine du numérique ont un chiffre d’affaires équivalent au PIB de certains Etats, que leurs dirigeants sont écoutés par les plus grands présidents de la planète, on comprend bien que leur influence sur notre monde est tout sauf virtuelle.


The Code est une série australienne qui permet d’observer avec précision les mécanismes de protection de l’Etat lorsqu’il désire conserver un secret de portée nationale voire internationale. Les deux protagonistes principaux, deux frères, sont victimes de cette violence d’Etat. L’un d’eux est journaliste, l’autre est un hacker virtuose, qui souffre du syndrome d’Asperger. Leur relation est complexe et émouvante, et les acteurs sont remarquables.


Le réalisateur a imaginé un système pour visualiser les opérations effectués par le hacker lorsqu’il se trouve sur la toile : le contenu sort de l’écran pour s’afficher dans les airs, ce qui se révèle plutôt ingénieux. A défaut de comprendre, on visualise la progression de l’artiste qui s’infiltre dans des zones de non-droit, et les figures géométriques qui s’affichent et disparaissent font partie intégrante de son œuvre. Une esthétique du pirate, du voleur qui agit pour le bien.


A défaut d’être des génies, certains précurseurs dans l’univers de l’informatique se sont révélés être de véritables visionnaires. Dans Halt catch & fire, on suit plusieurs personnages passionnés de hardware (matériel) & de software (logiciels) qui vont, par leurs découvertes, enclencher le processus technique qui va aboutir à la révolution que nous connaissons actuellement.


Ce regard rétrospectif du réalisateur sur cette époque, à l’aune de ce que nous connaissons et vivons, procure un plaisir particulier pour le spectateur. On y voit les pionniers, les passionnés qui n’ont pas d’autre but que créer, ou simplement fabriquer dans leur garage. D’autres personnages ne possèdent pas leurs compétences techniques mais commencent à visualiser tout le potentiel commercial qui sommeille dans ces nouveaux outils.


Le bidouilleur rencontre le commercial, l’artisan rencontre le banquier. Comment articuler leurs intérêts qui, vous l’aurez deviné, en sont pas toujours identiques ? Comment vont réagir les grandes entreprises déjà en place, à la vue de ces jeunes prodiges qui risquent de tout faire basculer : les enrôler, les acheter, les contrer, les voler ou ne croiront-elles pas que la révolution est en train d’arriver ?

Dans Mr Robot, La série qui a alimenté le web durant l’été, un véritable génie de l’informatique est à l’œuvre. Elliot est employé dans une boîte de sécurité informatique le jour, et hacker la nuit. Il souffre de troubles psychologiques dont on ne connaît pas tout de suite la nature : autisme, syndrome d’asperger, schizophrénie, addiction ?


Le spectateur plonge littéralement dans l’esprit tourmenté du jeune pirate encapuché et assiste au déroulement de l’histoire à travers ses yeux. Une voix off entêtante, désenchantée, hallucinée finit de semer le trouble dans nos esprits.


La spécialité du personnage principal est de pirater les comptes (mails, dossiers médicaux, bancaires, etc.) de n’importe qui. Le réalisateur nous montre ainsi, si on ne le savait pas encore, à quel point toute notre vie et notre identité est désormais transférée dans le nuage d’internet. La confidentialité n’existe plus, un individu aux compétences techniques plus développées que la moyenne parviendra à découvrir les secrets de presque n’importe qui, pour le meilleur comme pour le pire. Car qu’est-ce qui anime Elliot ? Veut-il changer le monde pour un monde meilleur ou assumer ses pulsions destructrices, sa soif de contrôle ?


Ici les images de l’écran défilent à grande vitesse, pour montrer toute la dextérité d’Elliot. On assiste, éberlué, au pillage des informations et à leur manipulation. Elliot ressemble à un super héros dépressif, avec un sweat et une capuche noire comme costume, et des super pouvoirs qui lui imposent de grandes responsabilités. Et comme dans toute histoire de super héros, il y a un super vilain : Tyrell Wellick, ici particulièrement réussi.


Seuls bémols : Christian Bale, engagé ici pour jouer Mr Robot, est transparent à souhait / Le manichéisme n’est pas loin / Elliott est trop intelligent, troublé, bon pour être vrai ! / Enfin, on sent un peu trop que le réalisateur a fait un mix de plusieurs influences : Matrix, Fight Club, Dexter, American Psycho, peut-être le film Control.


Ces petites remarques mises à part, on a rarement vu un début de série aussi addictif. L’acteur principal est plutôt convaincant dans son rôle, qui ne doit pas être des plus simples à jouer. On l’accompagne dans une descente esthétisée vers un univers incertain et anxiogène à souhait. Reste à savoir si la saison 2 accentuera l’aspect adolescent superhéros dépressif  qui se cherche ou cherchera à complexifier ses personnages et trouvera ainsi un second souffle. A suivre.


Pour remonter des enfers de la pensée troublée d’ Elliot, rien de tel que regarder quelques épisodes de Silicon Valley. Je l’avoue d’emblée, j’ai mis beaucoup de temps à accrocher. On me l’avait vendu comme une série comique sur des geeks. Or, ce n’est pas big bang theory. Ici, pas de rires enregistrés ni de gags à la seconde. C’est une série très bien écrite qui évoque les difficultés d’un informaticien, créateur d’une application aux potentialités extraordinaires, pour faire connaître sa création. Il est épaulé de quelques autres geeks, tous très compétents dans leurs domaine, et tous plus ou moins déjantés. 


La série est drôle, voire très drôle parfois, et dresse un portrait assez acerbe des dirigeants de la Silicon Valley. La critique politique ne va pas beaucoup plus loin (on aurait pu imaginer bien pire), mais la série a le mérite de dépeindre une économie du numérique dans ses coulisses. On y voit les débuts difficiles de jeunes personnes arrivant en Californie pour faire de l’argent, comme les chercheurs d’or autrefois, et qui en repartent souvent ruinés. Au contraire, un adolescent peut se retrouver également millionnaire d’un jour à l’autre et propulsé à la tête d'une entreprise et responsable de plusieurs centaines d’employés.


L’informaticien est ici principalement vu comme un être décalé, du type impopulaire au collège mais  super fort en maths. Frêle et timide, le héros de l’histoire va semble-t-il prendre sa revanche sur l’univers de l’école où il devait se faire tout petit. A la Silicon Valley, les ex-souffre-douleur peuvent devenir les rois du monde (ou non).

Oncle Erneste : De mon temps, ça risquait pas.